mardi 3 avril 2018

La fin d'une histoire (?) Partie 2

14°27.377N 60°52.005W
Baie des Cyclones, Le Marin, Martinique

Partie 2 : La perte de sens

Comme raconté plus tôt, mon retour en Terres Françaises fut salué par une grande claque dans la gueule. Un retour plutôt fracassant à une réalité que je n'avais pas su, ou pas voulu, envisager. Je n'étais pas aussi exceptionnel que je le pensais, et je n'étais plus aussi jeune que je le pensais... Bref, il allait me falloir encaisser tout ça. Le digérer, l'assimiler, avant de pouvoir en tirer les conséquences, et avancer. Sauf que dans mon cas, la digestion peut prendre du temps... En tous cas celle-ci aura pris deux ans !

La vue depuis mon bureau...
Au début de ma digestion, je pensais me retrouver devant un choix binaire. Soit je pliais l'échine, je revoyais mes ambitions à la baisse afin de rentrer dans le rang. Soit j'envoyais tout le monde se faire foutre et je continuais à croire que de bonnes choses peuvent arriver dans ma vie... Et comme souvent, j'optais pour la voie du milieu ; A savoir, se poser, attendre, et voir venir tout en me tenant près, aussi bien à aller pointer au RSA qu'à reprendre la route pour de nouvelles aventures. Tel le Bouddha moyen, je me posais donc à la croisée des chemin, à la fois attentiste et attentif. Et pour le coup, la marina du Marin se trouvait être le lieu idéal pour ça.
J'entends ici et là dire des horreurs sur la marina du Marin. Comme quoi ce serait un lieu de perdition, un cimetière pour marin, un ghetto pour blancs, etc... Peut-être, pour certains en tout cas. Mais probablement ni plus ni moins qu'ailleurs. Et j'ajouterais que personnellement j'adore la marina du Martin. J'ai tout ce dont j'ai besoin à portée de patte folle, ou à portée d'annexe. J'ai mon bar, mon wifi, mes copains... Des techniciens compétents pour mon bateau. Une relative sécurité en cas de mauvais temps. Bref, si ce n'étaient les cyclones, la vie chère et ces alizées de merde, ce lieu serait juste parfait pour moi, et j'y finirais volontiers mes jours sans me poser de question. J'ajouterais, avec circonspection, car je ne voudrais pas déclencher une polémique, que la Marina du Marin représente un havre de paix sur cette île en proie à un racisme ambiant qui franchement me débecte.
Mais bon, à l'époque je n'en étais pas encore arrivé à une telle conclusion et je tentais encore de faire le tri entre mes désirs et la réalité...

La chiotte toute moche
Je me posais donc, et me laissais ballotter par la vie. Et celle-ci ne m'épargna pas durant ce premier été... J'attrapais le virus Zika, le moteur de La Boiteuse rendit presque l'âme, mes haubans décidèrent qu'ils devaient être changés, une chiotte toute moche débarquait dans ma vie, l'ouragan Matthew me fila quelques sueurs froides et en août j'appris le décès de mon père... Bref, l'été fut plutôt chaud, mais cette succession d’événements plus ou moins dramatiques eut la vertu première de m'empêcher de me poser trop de questions. Pendant ces quelques mois je fus dans la réaction au lieu d'être dans l'action. Je remettais à plus tard mes questions sur mon avenir à moyen et long terme. Du coup le temps passa vachement vite... Et c'est aux environs de Noël 2016 que mon cerveau se remis à fonctionner normalement. C'est à dire à faire des nœuds !

Mercedes façon puzzle
Avec la nouvelle année La Boiteuse se retrouva quasiment comme neuve. Moteur refait, gréement changé, mon fier navire était prêt pour reprendre la route. Par contre son Capitaine lui, l'était beaucoup moins... J'étais au ponton depuis un an, sans avoir navigué un seul jour, et franchement cela me plaisait bien. Mais les gens que je croisais tous les jours me posaient toujours la même question : « Alors, quand est-ce le départ ? ». Je souriais, bêtement... Et je répondais « Bientôt » ! Alors qu'au fond de mon cœur, je n'avais qu'une envie ; Que l'on arrête de me poser cette question ! J'avais envie de hurler à plein poumon que l'immobilité n'était pas un pécher ! Que j'avais le droit de me sentir bien ici ! Et puis que... (Non, ça je n'avais pas vraiment envie de le crier sur tous les toits, mais c'était un rêve que j'entretenais dans un coin de ma tête) J'avais encore l'espoir de rencontrer quelqu'un. Quelqu'un de ma culture, avec les mêmes questions que moi, et peut-être un projet de vie qui me donnerait envie de reprendre la route puisque qu’apparemment je n'en avais plus envie...
Le voyage de La Boiteuse semblait peu à peu perdre tout son sens, et je me disais que peut-être, je dis bien peut-être, si l'amour venait de nouveau à se présenter, et bien... Il le retrouverait.

Elle est pas belle la vie finalement ?


vendredi 2 mars 2018

La fin d'une histoire (?)

14°27.377N 60°52.005W
Baie des Cyclones, Le Marin, Martinique

Partie 1 : La claque dans la gueule

Bientôt deux ans que La Boiteuse est arrivée en Martinique et n'en n'a plus bougée. Deux ans que je sursois à un hypothétique départ. Deux ans que je tergiverse en tentant de ranger le bordel que j'ai dans la tête. Et pendant ces deux ans, vous mes lecteurs avez été bien patients... Très patients.
Surtout que je ne me souviens pas vous avoir précisé exactement ce qu'il se passait dans ma vie et dans ma tête... Et pour cause, je ne le savais vraiment pas moi-même. Ou du moins je n'arrivais pas encore à mettre des mots dessus.
Alors, histoire de poser les choses à plat afin d'y voir clair, j'ai décidé tant bien que mal de me remettre à l'écriture. Nous allons tenter ensemble, de retracer la suite des événements de ces deux dernières années, et de démêler l’écheveau quasi inextricable de mes pensées torturées... Bon courage à vous si vous décidez de continuer cette lecture !



Lorsque je suis arrivé en Martinique, en mars 2016, c'était pour une simple escale de quelques semaines, suffisante pour trouver des winchs d'occasion, et recharger mes batteries personnelles à grand renfort de nourriture française. Cela dit, après cinq années d'errance en terres étrangères je me suis rendu compte que mon pays, ma culture, m'avait quand même vachement manqué... Ou tout du moins, que c'était quand même beaucoup plus reposant de vivre parmi les siens. Bref, j'avais besoin d'une pause. D'un autre côté, l'argent n'allant pas tarder à manquer, j'avais également le vague espoir de trouver le job et la femme de mes rêves, pensant que mon parcours et mon expérience allait me rendre irrésistible auprès des marinas et des backpakeuses. Pour les winchs cela a pris un peu de temps mais j'ai finalement réussi à trouver la perle rare. Par contre pour le reste, j'ai vite compris que je me berçais d'illusions.

10 pays en cinq ans...
Car dans mes vagues projets, il est une chose que je n'avais absolument pas appréhendé, c'est mon âge. Qu'importe d'avoir l'expérience, quelques milliers de milles au compteur au sens propre, et de parler quatre langues, lorsque vous vous trouvez en compétition avec un type qui a vingt ans de moins et qui a le même profil, les types de cinquante ans ne font pas le poids. Et ceci est valable aussi bien sur le marché de l'emploi que pour les femmes...
De plus en ce qui concerne le travail, j'ai remarqué que les types de trente ans ont moins d'estime d'eux-même (ou d'orgueil, c'est comme vous voulez) et sont près à accepter des conditions de travail et de salaire que les types comme moi considèrent comme une insulte à leur propre personne. Et malgré cette humiliation permanente, ils sont tout de même capable d'offrir un projet de vie à la jeune femme qui passerait dans le coin par hasard en quête d'une vie pleine d'aventure (mais tout de même sécurisée quelque part)... Bref, je me trouvais hors-jeu sur les deux tableaux.

Pour vous dire la vérité, j'ai eu un peu de mal à encaisser cette réalité. De même j'ai eu un peu de mal à encaisser le fait de redevenir un quidam moyen... Car il est encore une chose que je n'avais pas bien réalisé tout au long de ces années d'errance, c'est le statu social que revêt le voyageur en voilier étranger. Vous êtes plus qu'un simple touriste, car votre mode de locomotion et d’hébergement sont plus impliquant. En clair, vous en avez supposément chié pour arriver ici, et ça, croyez-moi, les gens le respectent. Dans certains pays le simple fait d'être français vous confère une aura qui vous ouvre pas mal de portes d'ordinaire fermées, et dans d'autre c'est le contraire... Bon d'accord, il faut reconnaître aussi que dans la plupart des pays vous êtes plutôt considéré comme un portefeuille sur patte, vous pouvez même parfois être méprisé par pur racisme ou xénophobie, mais au moins vous êtes « quelqu'un ».
Alors qu'ici, dans les Antilles, et plus spécifiquement en Martinique, vous n'êtes rien. Je ne suis rien.
Je suis juste un voileux moyen comme il y en a des centaines, avec vingt ans de trop.

Alors c'est ça la France dont tu m'as tant parlé ?
Donc voilà, en arrivant en Martinique j'ai eu un aperçu de ce que pourrait être un éventuel retour en métropole... C'est à dire une grande claque dans la gueule. Et franchement, ça m'a fait mal.
Je me doutais bien que mon voyage allait en quelque sorte me déconnecter de la société, du moins d'une certaine forme de société, et c'était même un peu mon but quelque part. Je me doutais également qu'un éventuel retour à cette société ne se ferait pas sans réticence de ma part... Car quand on a goûté à la liberté, il est compliqué de se remettre des chaînes. Mais par contre je n'avais absolument pas envisager que si retour il y avait, ce serait elle qui me rejetterait. Je ne sais pas... Je crois que quelque part je me figurais que le monde allait m'accueillir comme un héro, un fils prodigue jadis égaré qui rentre au bercail riche d'expériences nouvelles utiles au plus grand nombre. Je pensais crânement être une source d'inspiration !

Tu parles... Le monde des terriens peut sans doute envier ceux qui choisissent la marginalité, mais les punissent dès qu'ils font mine de vouloir rentrer dans le rang. Ce fut une belle leçon de vie que j'appris à mes dépend.

lundi 7 août 2017

Dérapage et explosion dans la Baie des Cyclones

14°27.377N 60°52.005W
Baie des Cyclones, Le Marin, Martinique

Voilà quatre mois que La Boiteuse se dandine au bout de sa chaîne dans la Baie des Cyclones. Quatre mois sans incidents notables si ce n'est les vicissitudes inhérentes à tous les mouillages. Journées sans soleil (rares), ondes tropicales un peu plus menaçante que les autres, bisbilles entre Touline et Zika... Bref rien de bien exceptionnel, la routine paradisiaque comme le lecteur en rêve. J'en étais même à me réconcilier tout doucement avec les mouillages tellement mes cinquante mètres de chaîne de 10 mm, ma gueuse bricolée main de 10 Kg, et mon ancre Delta de 15 Kg semblaient faire le job. Même les 15 mn en annexe pour rejoindre la marina devenaient une partie de plaisir. La preuve dans la petite vidéo à la fin.

La Baie des Cyclones par temps calme

C'est pour cela que lorsque la météo a annoncé l'arrivée d'une petite onde tropicale pour ce mercredi 2 Août, je ne me suis pas inquiété outre mesure. 25 nœuds en rafales franchement, il n'y a pas vraiment de quoi fouetter un chat. Cela arrive fréquemment en ce moment, surtout en avant des grains, et il est arrivé à La Boiteuse d'encaisser bien pire depuis avril.

N'empêche, depuis le milieu de l'après midi, ça soufflait pas mal... De gros grains bien denses, de la pluie en pagaille et quelques rafales bien senties, plutôt près des 35 Nœuds que des 25 annoncés, faisaient que le bateau dansait la gigue plus qu'à l’accoutumé. Mais même si parfois mes tripes se serraient, mon cerveau me disait : Mais non, t'inquiète pas mon bonhomme, c'est du lourd que tu as mis au fond, tu ne risques rien...

Vers 17H30, alors que je regardais le dernier épisodes de la série Ozarks, anxieux de connaître enfin comment Jason Bateman allait pouvoir se dépêtrer de la merde grandiose dans laquelle il s'était mis, j'entends un grand bruit sur le côté bâbord. Je bondis dans le cockpit (si-si, il m'arrive de bondir), et là je constate avec horreur que je suis en train racler consciencieusement le flanc du Bavaria qui quelques minutes plus tôt se trouvait une centaine de mètres derrière moi. Oh bordel !!!! Mon pire cauchemar est en train de se réaliser ! (Encore !)

Je me précipite à la table à carte, enclenche le préchauffage du moteur, et alors que je tournais la clef pour lancer le bourrin survient un grand boum. Un gros pop plutôt... genre ballon de foot qui explose. En plus fort. De la fumée s'échappe de dessous la banquette bâbord, un odeur acide se répand partout dans le bateau. J'arrache la banquette et soulève le panneau du parc de batterie : La batterie moteur vient littéralement d'exploser !

Là, pour le coup, je panique un peu. Le mois dernier le bateau d'un copain a flambé comme une torche en quelques minutes, et depuis je redoute qu'il m'arrive la même chose. Mais non, ça fume encore un peu, mais pas de flammes... Je coupe tout, et je remonte sur le pont m'occuper du plus urgent, mon bateau qui continue de glisser inexorablement sous les coups de boutoir du vent. Heureusement le proprio du Bavaria est à bord et il me gueule sa permission pour que je m'amarre sur son arrière. D'après lui son corps mort est assez solide pour supporter nos deux bateaux... Ni une ni deux, je balance une patte d'oie et je m'accroche. Ouf, La Boiteuse s'arrête !

Deux annexes viennent à la rescousse. Gentils voisins qui bravent la tempête pour aider le pauvre type que je suis ! Car pour l'heure je suis dans un sale état moral... Je repense à la fois où j'ai dérapé à Trinidad, et je me dis que je dois être maudit quelque part. Que je vais revendre ce fichu bateau, et que plus jamais je ne remettrais les pied sur un voilier. Oui mais alors je fais quoi ? Et là le vide intersidéral de mes options me terrifie encore plus.

Ma détresse doit se lire sur mon visage car tout le monde s'applique à me rassurer. Le plus gros du grain est passé maintenant et un de mes voisins me propose de me remorquer à couple avec son moteur de 15 Cv jusqu'à une bouée de libre. Le proprio du Bavaria lui, me dit que je peux rester pour la nuit accroché derrière lui si je veux... J'hésite quelques secondes, mais même si apparemment je n'ai occasionné aucun dommage à son bateau, je me dis que je préfère ne pas tenter le diable et m'éloigner le plus possible.

Je largue mon mouillage, c'est à dire que je balance toute ma chaîne et son câblot au fond de l'eau avec un pare-battage pour le récupérer plus tard, et nous voilà parti. Un autre voisin a déjà noué deux aussières sur la bouée, et je n'ai qu'à m'en saisir pour mettre La Boiteuse enfin en sécurité. Ouf !

Autant vous dire que j'ai passé une nuit de merde. A deux heures du matin, et alors que le vent continuait à soufflé à plus de trente nœuds, je ruminais encore dans mon lit. Bon ok , le peu de confiance que j'avais acquis ces derniers mois envers mon mouillage venait de voler en éclat, cela je le comprenais. Et je savais qu'il allait me falloir tenter de surpasser ça. Encore une fois. Mais ce que je ne comprenais pas c'est pourquoi, nom de dieu de bordel de merde, cette foutue batterie avait explosé ! Quelle connerie avais-je bien pu commettre ?

Elle a fait boum !
Trois jours après, tout était plus ou moins rentré dans l'ordre, et je tenais les réponses à la plupart de mes questions. Bon, pour l'ancre qui dérape il semblerait que ce soit juste pas de bol. Vase fine et molle qui cède par plaque, et zou voilà le bateau qui part (comme à Trinidad) alors que mon voisin pourtant bien moins lourdement mouillé reste en place. Pas de bol je vous dis.

Par contre pour l'explosion j'ai bien peur que l'on soit obligé d'en rester au niveau des conjectures. Pourtant, parmi toute les théories possibles il y en a une qui me semble dominer les autres... Je vous la soumet et vous me direz ce que vous en pensez. (pardon pour les non-voileux, cela risque d'être un peu technique !)

Une dizaine de jours auparavant mon régulateur de panneau solaire a commencé à me raconter de belles conneries. Genre, 73 Amp chargés dans la journée alors que d'habitude une quarantaine me suffit. Re-genre 11 Amp chargés pendant la nuit (sic!)... Bref, un matin j'ai décidé d'en avoir le cœur net et j'ai vérifié avec le voltmètre ce qu'il en était vraiment. Oups ! J'avais les batteries à 15-17 V, alors que le régulateur me disait que j'étais sensé être à 13,2 V !

Tout est neuf
Bref, j'ai immédiatement débranché les panneaux et je me suis acheté un nouveau régulateur MPPT et un moniteur de batterie Victron. 250 Euros pour le tout (Ouille !)... Quid des batteries me suis-je enquis auprès de l'homme de l'art. Il faut que je les changent elles aussi ? En théorie oui me dit-il, mais ce n'est pas sûr... Il faudra surveiller de près. D'autant que là on part sur une facture de 900 euros si je renouvelle tout le parc avec des AGM... Bref, j'ai décidé d'attendre et de voir ce qui allait arriver. Et ce qui est arrivé, c'est un gros boum.

Voilà ! Vous savez à peu près tout de mes dernières aventures. Enfin, presque tout. Je ne vous ai pas dit que pendant tout l'épisode Touline n'avait rien trouvé de mieux que d'aller se réfugier dans le Bavaria, et que Zika a cru tout du long que c'était un jeu en venant se fourrer dans mes jambes à la moindre occasion, et de mordiller les mains de mes sauveteurs ! Il en a résulté quelques coups de pieds intempestifs de ma part bien sûr, mais tout s'est finit par un gros câlin collectif. Oui, Zika et Touline se font enfin des câlins, mais pour l’instant je n'ai pas pu encore immortalisé ce moment.

Elle ne pense qu'à jouer !

Le programme pour la semaine qui vient sera d'aller mettre La Boiteuse à l'abri dans la mangrove. Jusqu'à présent j'hésitais à le faire mais après ce qui m'est arrivé je pense que cela sera plus raisonnable. D'autant que j'ai décidé de rester encore un peu au Marin... Pour de multiples raisons que je vous expliquerais un jour si j'en ai le courage. Une fois que j'aurais nettoyé le bordel que j'ai dans la tête...

Allez les gens ! Merci de m'avoir lu après tant de mois silencieux. J'espère que vous ne m'en tenez pas trop rigueur !



dimanche 16 avril 2017

Billet dominico-pascal

14°27.377N 60°52.005W
Baie des Cyclones, Le Marin, Martinique

05H17 : Touline est là, son nez à quelques centimètres de mon visage. J'ai encore les yeux fermés, mais je le sais, je le sens. Depuis quelques jours c'est son truc, venir me chatouiller les narines avec ses moustaches pour je me lève. Elle se fout des coups d'oreiller qu'elle se prend, des grands gestes du bras qui la propulse à bas du lit, elle recommence jours après jour... Remarquez, elle n'a pas tort puisque ça fonctionne !

05H35 : Une poignée de croquette dans sa gamelle, et voilà la chatte qui m'oublie. C'est au tour de Zika d'être intéressée par ma personne. Elle est allongée sur le banc opposé du cockpit et attend que je finisse mon café. Elle n'est pas conne ma Zika : Elle sait qu'il vaut mieux ne pas s'approcher de moi tant que que j'ai ce récipient rempli d'un liquide brûlant dans la main. Une fois lui a suffit pour comprendre elle !

06H00 : Il fait petit jour. Les grenouilles s'arrêtent de chanter et vont se coucher. Quelques aigrettes blanches passent en rase motte pour se rendre dieu sait où. Zika commence à s'agiter surtout que Touline est déjà assise dans l'annexe. On dirait deux gosses qui se disputent le privilège de monter à l'avant de la voiture...
Le pont est humide, il a plu cette nuit. J'ai tellement bien roupillé que je n'ai rien entendu, ni rien senti. Il faut dire qu'avec le paquet de chaîne, plus la gueuse de 10 Kg, que j'ai mis au fond, il faudrait un gros coup de vent pour bouger La Boiteuse ! Le fait est que je recommence à reprendre confiance en moi et en mon bateau, et cela doit certainement jouer sur la qualité de mes nuits. Je croise les doigts, mais en ce moment tout fonctionne sur La Boiteuse. Absolument tout ! J'envisage de refaire les connections des panneaux solaires, mais c'est juste par acquis de conscience... Ou pour passer le temps.

Vendredi soir je me suis offert un repas au resto avec mon ami Hubert. Matoutou de Crabe pour fêter Pâques à la mode martiniquaise. Pas mal du tout. C'est un peu chiant à manger, mais c'est vraiment très bon. Une tarte Tatin par dessus, et un bon cigare Dominicain accompagné d'un petit verre de rhum de derrière les fagots pour conclure. Un JM Calvados Finish Cask de 12 ans d'âge...
C'est que malgré tout, même avec une semaine de retard, on n'a pas tous les jours cinquante ans, n'est-ce pas ?

08H00 : Bon allez, c'est l'heure de se rendre à terre pour promener le chien. Touline boulotte le poisson que j'ai récupéré dans la nasse tout à l'heure, c'est le bon moment pour embarquer Zika sans qu'il n'y est de dispute ! Un bon quart d'heure d'annexe pour rejoindre la marina, et la bête va pouvoir se dégourdir les pattes !

Et moi ? Ben moi je vais attendre que le Kokoarum ouvre ses portes pour m'installer à mon bureau, et vous poster cet article dominico-pascal ! Pfffff... Parfois, je me dis que j'ai vraiment une vie de merde !

Vie de merde !

dimanche 2 avril 2017

La Baie des Cyclones

14°27.377N 60°52.005W
Baie des Cyclones, Le Marin, Martinique

C'est dimanche, et une averse soudaine combinée à l'intransigeance d'une Touline fringaleuse me tire du lit alors qu'il n'est pas encore quatre heures du matin. Quelle vie de merde je mène, vous n'imaginez pas.

Zika roupille dans le cockpit, et pendant que la bouilloire chauffe, j'installe le récupérateur d'eau. Il fait nuit noire. C'est dimanche, La boiteuse se dandine sous la pluie, et je suis au mouillage.

Comment ça au mouillage ? Tu veux dire que tu n'es plus accroché à ton ponton rassurant comme la moule à son rocher ? Que La Boiteuse a enfin quitté son camping pour aller se mettre en mode bivouac ? Et ben oui, c'est ce que je veux dire. Au mouillage. Il fallait bien que cela arrive un jour, non ?

50 m de Limousine
Ce vendredi 31 mars, pile poil six ans après avoir quitté la marina de St Laurent du Var, La Boiteuse a quitté le ponton n°8 de la marina du Marin par une matinée aussi radieuse que peu venteuse. Quelques minutes plus tard, l'ancre mouillait par cinq mètres de fond en plein milieu de la Baie des Cyclones pratiquement déserte. Du coup j'ai balancé 50 m de chaîne (Y'a pas de raison !). Et en plus c'est 50 m de chaîne de 10 mm et non-plus de 8 mm, avec une gueuse de 10 Kg rajoutée à mi-chemin. Si avec tout ça je décroche quand même, c'est bien simple, je change de métier. Enfin, façon de parler. Disons que je revends le bateau et j'achète une ferme pour élever des canards.

Ça va le faire...
Le souci de cet endroit relativement tranquille, c'est qu'il me faut au bas-mot dix minutes d'annexe pour rejoindre la civilisation... Et deux aller-retours par jours, ça me bouffe quasiment un réservoir. Mais bon, j'imagine qu'avec le temps je vais arriver à m'organiser, et à retrouver le rythme du nomadisme. Car c'est un peu le but de tout ça voyez-vous ! Je n'ai pas encore l'intention de partir, mais je me suis dit qu'après un an d'escale bien confortable, il serait bien que je reprenne le rythme, mais en douceur. Je veux bien me faire violence, mais je ne suis pas maso pour autant ! Donc voilà le programme. On va rester tranquillement au mouillage quelques semaines, histoire de (re)-trouver nos marques, Touline, Zika et moi. Et ensuite, quand je me sentirais prêt, et que les alizées se seront un peu calmé (c'est déjà un peu le cas), on partira pour les Antilles Néerlandaises. D'ici là, comme je vous l'ai déjà dit, il va falloir que je m'organise et que j'améliore deux ou trois petites chose.

Mais rassurez-vous, je vous tiendrais au courant ! Car s'il est une chose dont je me suis rendu compte assez vite (deux jours, c'est super rapide comme prise de conscience), c'est que je me fais toujours autant chier au mouillage ! Du coup, je m'occupe en rangeant ce qui devait être ranger depuis des mois, je gamberge, je prends le temps d'écrire, tout ça... Je gage que les lecteurs qui me sont restés fidèles malgré mon absence prolongée en seront ravis !


Tu fais quoi là ?
Sinon, juste pour le fun, sachez que bestiaux sont pour une fois unanimes et solidaires. Les deux n'apprécient, mais alors vraiment pas, d'être au milieu de nulle-part ! Zika ne supporte plus de rester seule, et Touline a décidé de dormir dans l'annexe au cas ou. Là aussi, va falloir que j’apprenne à gérer...

M'en fout, j'irais pas plus loin
Mais euhhhhhhh....
On est là !